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Lobbying en 47 ? Mauvaise pioche !

Il y a quelques jours, j’ai reçu l’invitation que vous trouverez ci-dessous, à déjeuner dans un restaurant étoilé de Lot-et-Garonne. Émanant du ‘Club de l’Europe’, structure que je ne connais pas mais dont le nom évoque pour moi un grand dessein humaniste, je m’attarde sur cette invitation.

Qu’est ce que le ‘Club de l’Europe’ ? Une structure destinée à promouvoir ce merveilleux dessein européen ? Apparement pas: la signature mentionne juste “Euro-Politic, Cabinet d’Affaires Publiques”, et le site internet annonce “l’indépendance, au service du débat entre les mondes economique et publique”. D’accord: c’est plus clair. C’est donc un cabinet d’influence (ou de lobbying en Anglais), qui monnaye son carnet d’adresse et ses compétences pour donner accès à des entreprises à des élus qui pourront peut-être être sensibles à leurs intérêts.

D’ailleurs, on peut se questionner sur les compétences d’Euro-Politic, qui visiblement n’avait même pas connaissance de mon engagement à Anticor qui lutte précisément contre ces pratiques, et à Nouvelle Donne qui propose de nombreuses mesures pour encadrer le lobbying qui gangrène notre démocratie (Sans compter que le dit restaurant étoilé apprécierait sans doute que son nom apparaisse sans une regrettable faute 😉

Rien d’illégal la dessous. Rien de malsain non plus si cela restait parfaitement transparent, si la rencontre était ouverte à tous, et si la réunion était programmée dans une salle publique, ou dans la locaux de l’entreprise elle-même. Mais dans un restaurant étoilé, en triant quelques élus sur le volet: non. Je n´alimente pas ce type de pratiques.

IMG_0467.JPGL’entreprise “partenaire” de cette initiative est Syngenta, le 3ème semencier mondial. Je me demande si le Réseau des Semences Paysannes a les moyens de s’attacher les services d’un cabinet d’affaires publiques. Nous le savons tous, mais à chaque fois qu’un nouvel exemple montre concrètement le pouvoir d’influence que l’argent procure, je passe un cran de plus dans mon rejet du système économique actuel dans lequel les politiques nous ont plongés depuis les années 80. Il est vraiment temps d’entrer en résistance et de montrer que ce système là nous mène dans le mur.

Pour référence, ci dessous l’invitation et ma réponse :

Monsieur Patrick BEAUVILLARD
Conseil régional d’Aquitaine

Monsieur,

M. François Cambon, Président du Club de l’Europe, a l’honneur de vous convier au déjeuner-débat que nous organisons le jeudi 4 décembre, à 12h, au restaurant Mariattat, à Agen, sur le thème : « Quels sont les enjeux de l’exportation des semences dans la dynamique de l’emploi ? ».

Nous serions ravis de vous compter parmi nos hôtes en votre qualité de Conseiller régional du Lot-et-Garonne et de membre de la Commission Emploi – Développement économique – insertion – enseignement supérieur – recherche et TIC.

La France est le premier producteur européen de semences ; une place qu’elle doit notamment aux conditions pédoclimatiques exceptionnelles dont elle bénéficie. Le Sud-Ouest de la France et, tout particulièrement, le Lot-et-Garonne, illustrent parfaitement ces atouts et peut compter sur un climat tempéré et relativement stable, ainsi que sur une vraie diversité de sols.

Ces atouts naturels sont mis en valeur par une filière semencière dynamique, composée d’un réseau d’entreprises qui a su développer, depuis le milieu du XIXème siècle, un savoir-faire précieux en création variétale et en production de semences.

En 2013, le chiffre d’affaires du secteur semencier français était de 3,2 milliards d’euros, dont 1,4 milliard à l’exportation. Avec 291 000 hectares cultivés et 16 % de la surface semencière européenne, la France est le 1er exportateur mondial, devant les Pays-Bas et les États-Unis.

Forte de ses 72 entreprises de sélection, de ses 246 établissements producteurs de semences et de ses 17 000 agriculteurs-multiplicateurs, la filière des semences contribue activement à la vitalité de nos territoires en développant des emplois, d’année en année, soit un peu plus de 15 000 emplois. Plus de la moitié du chiffre d’affaires de ce secteur est réalisé par des Petites et Moyennes Entreprises et Industries (PME-PMI) et des Entreprises de Taille intermédiaire (ETI).

Cette dynamique reste, toutefois, fragile. Afin d’améliorer leur compétitivité, en réduisant les coûts, certaines entreprises délocalisent leurs productions depuis de nombreuses années ; l’impact sur l’emploi est immédiat à l’échelle d’une région. Cette tendance est lourde de conséquences car la perte de technicité et de savoir-faire, non seulement au sein de l’entreprise, mais aussi à l’échelle de toute une région, est rapide et difficilement réversible.

L’activité industrielle au service de l’agriculture reste un moteur pour la compétitivité des territoires dès lors que des investissements accompagnent l’évolution des filières. Néanmoins face à la concurrence internationale, comment préserver les productions industrielles de qualité ? Et ce, tout en faisant face au coût de transport, à la situation géographique de Nérac ou encore la pression règlementaire ? Quels impacts une délocalisation peut-elle avoir concrètement pour l’entreprise et pour la région qui l’accueille ? En échange croissant avec le reste de l’économie, quelles sont ces technologies performantes qui offrent les moyens aux entreprises d’être plus compétitives au niveau national, mais aussi à l’international ? En quoi l’innovation joue-t-elle aujourd’hui un rôle essentiel pour développer de nouveaux métiers ? Comment les nouvelles technologies peuvent-elles offrir des perspectives attractives d’emploi pour les jeunes générations ?

Pour répondre à ces questions, cette rencontre, en petit comité (12 à 15 personnes maximum), organisée en partenariat avec Syngenta, a pour vocation de réunir des personnalités d’horizons divers, afin de leur offrir la possibilité d’échanger leurs points de vue et réflexions au cours d’une discussion libre. Sont conviés, principalement, des membres de l’administration décentralisée et déconcentrée, des parlementaires de la région, ainsi que des représentants de la société civile locale.

Restant à votre entière disposition pour tout complément d’information, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’assurance de nos sincères salutations.

François CAMBON
Président du Club de l’Europe francois.cambon@europolitic.fr

Ma réponse :

Je vous remercie pour votre invitation. Je me permets de vous informer que je n’ai pas l’habitude d’accepter des invitations dans un restaurant étoilé pour échanger de sujets importants comme ceux-là. Je comprends que des acteurs du secteur cherchent à communiquer pour influencer la position d’élus. C’est légitime. De mon côté, je m’astreins à n’en percevoir aucun bénéfice personnel.

Patrick Beauvillard

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