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Les abeilles et l’argent par dessus les toits

Nous sommes le 25 octobre 2010. C’est la 27ème délibération, mais suite à une modification de l’ordre du jour, la dernière. Il est 22 heures et les élus régionaux (en tout cas ceux qui sont encore présents…) sont fatigués. Cette délibération est plutôt sympathique, et au vu de son titre, ne devrait poser aucun problème et pourrait venir clore une séance dense et animée par un large consensus.

Pourtant, il n’en est rien. Le Président qui avait un peu plus tôt reproché à Geneviève Darrieussecq, ce “balancement habile entre critiques et compliments”, a du à nouveau entendre, en ma personne, le groupe Forces Aquitaine apprécier les idées et les intentions, mais critiquer avec vigueur la légèreté d’une délibération qui engage la région pour 64000€ en trois ans.

De quoi s’agit-il ?

  • De décréter “l’abeille sentinelle de l’environnement”, ce qui est vrai et ne coûte rien,
  • De souscrire au programme de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF),
  • De respecter nos pollinisateurs préférés, ce qui nous engage de manière responsable,
  • Et d’installer des ruches sur le toits du Conseil Régional d’Aquitaine.

De nombreuses collectivités ont fait ce choix, et l’Aquitaine n’est certes pas la première. Les abeilles sont effectivement des sentinelles de l’environnement. Effectivement elles jouent un rôle fondamental dans l’équilibre des écosystèmes et de notre agriculture. Et…

  • même si on peut se demander si nous avons mesuré toutes les conséquences des engagements pris -je pense à notamment à l’engagement de ne pas utiliser de produits toxiques et de pesticides dans nos espaces verts et de ses conséquences sur les lycées agricoles et leurs exploitations qui dépendent de la Région -,
  • même si on peut se demander le bien fondé du lieu d’implantation des ruches -le toit du Conseil Régional, avec les travaux d’aménagement nécessaires pour l’accès à la plateforme et sa sécurisation, l’installation de haies vives pour protéger les lieux publics alentours, etc-,

… on peut tous souscrire à cette louable intention, même si personnellement, j’aurais préféré installer ces ruches dans l’un de nos lycées agricoles, et donner à ce projet un but pédagogique supplémentaire.

Mais après avoir écouté le matin même, l’argumentaire nous expliquant qu’à cause de l’Etat, la Région deviendrait pauvre et qu’il “faudrait revoir les priorités sur les projets existants, et être particulièrement sélectifs sur les projets à l’avenir”, on ne peut que suivre les instructions de l’exécutif à la lettre et être donc vigilant sur les dépenses…

Un apiculteur de mes amis me disait : “il y a une faute de frappe dans la délibération : il y a un zéro de trop !. A 200€ la ruche, et 200€ l’essaim, l’installation de 8 ruches devrait tourner autour de 3200€”. Or il s’agit bien de plus de 32000€ pour la première année !

Je m’interroge donc sur le montant de l’opération qui ne semble pas uniquement correspondre aux services rendus. Permettez-moi de rappeler ici que la mairie de Talence a installé 4 ruches dans le bois de Thouars pour un budget d’installation, d’entretien et de récolte de 2000€ la première année, 1200€ les années suivantes.

6400€ à Talent pour 3 ans – 64000€ à l’Hôtel de Région. Cela exige plus qu’une explication. Cela exige une révision !

J’ai fait une proposition simple au Président Rousset :

  • Allouer 10000€ sur trois ans à l’UNAF pour le programme “abeille sentinelle de l’environnement”
  • Accorder 50000€ d’aide pour soutenir la lutte opérationnelle contre les fléaux responsables du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, soutenir le groupement de défense sanitaire des abeilles qui cherche à lutter contre les parasites tels que le varroa, responsable probable de ce syndrome, et soutenir la profession apicole dans son ensemble.

La réaction du Président, fut elle aussi emprunte du “balancement” cité au début de cet article : S’il a qualifié mon intervention de “frappée au coin du bon sens”, il n’a pu, après quelques regards autour de lui, aller jusqu’à retirer cette délibération et accepter ma proposition.

Demande a été donc faite de “voter la délibération en l’état, et de revoir en commission permanente le montage  financier”.

Nous ne sommes pas convaincus, le groupe Forces Aquitaine s’abstient, entrainant avec lui le groupe UMP, trop content de l’aubaine !

Dommage, reconnaître son erreur est une force il me semble… Et 64000€, c’est beaucoup d’argent, jeté par dessus les toits de l’hôtel de région.

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8 comments to Les abeilles et l’argent par dessus les toits

  • [...] This post was mentioned on Twitter by Patrick Beauvillard, Patrick Beauvillard. Patrick Beauvillard said: Les abeilles et l'argent par dessus les toits : Une dépense pas responsable http://fb.me/MQ8DJhev [...]

  • Gérard Goussiès

    D’accord avec toi Patrick !
    Gaspiller 64000 Euros pour installer des abeilles sur le toit du conseil régional est absurde.
    Il y à plus urgent à financer comme projets : ceux du développement économique par exemple.

  • Michel ROSELÉ

    Si le service de la communication du CR diffuse un digest des débats de l’assemblée régionale et des décisions qui s’ensuivent, les grands medias d’information régionaux ne rapportent pas souvent les propos argumentés des opposants à la majorité régionale. C’est bien dommage!

  • Eric Marroule

    Je me demande ce qu’auraient eu à butiner ces pauvres abeilles, installées sur un bâtiment dans Bordeaux.
    En ce qui concerne le prix, le pense que l’explication doit être quelque chose comme:
    - Ruches et abeilles: 6400€
    - Communication sur l’opération: 57600€
    - Total: 64000€

    • Juanito

      Contrairement à ce que l’on imagine, les abeilles trouvent dans les villes des sources très variées et en quantités suffisantes de nectar et de pollen, et un environnement dépourvus des pesticides agricoles, aussi les ruches en ville, notamment à Paris, sur le toit de l’opéra, dans le quartier de la défense, produisent des quantités de miel que les apiculteurs de campagne soumis aux produits phytosanitaires tel que le gaucho et le cruiser, ne connaissent que rarement. L’analyse des miels de ville montre qu’ils sont tout à fait sains.
      À voir : documentaire France5 les secrets de la ruche diffusé le Dimanche 4 septembre à 20h30
      Et http://www.nicomiel.com/, une petite société qui installe des abeilles sur les toits en île de France.

      En tout cas les 64000€ sont totalement délirants, ça pourrait même porter atteinte à l’image de l’apiculture.

  • Bonjour monsieur Beauvillard,

    J’étais au courant de votre intervention au sujet des ruches pour le conseil régional, et je viens de voir une vidéo envoyée par une amie où l’on vous voit émettre vos réserves.
    Je vous transmets un lien pour un reportage réalisé par deux étudiants sur mon exploitation et ailleurs.

    http://www.dailymotion.com/apiculture01

    J’ai été pendant deux ans apiculteur référent pour “l’abeille sentinelle de l’environnement” à Angoulême, car je pensais en me lançant dans cette opération que cela pouvait être un bon vecteur de communication.
    Cependant il y a désinformation autour de cette action : l’UNAF communique toujours sur les abeilles en ville qui se porteraient mieux en l’absence de pesticides contrairement à la campagne, et produiraient plus. Cela est archi-faux je peux en témoigner car sur deux saisons les six ruches d’Angoulême dont je m’occupais ont moins produit qu’une seule de mes colonies en une saison à la campagne. Et je vous assure que je suivais toutes les colonies avec la même rigueur.
    D’autre part j’ai demandé plusieurs fois à l’UNAF ce qui justifiait les sommes demandées aux partenaires. On m’a vaguement évoqué les retombées médiatiques mais une personne du bureau de Montpellier m’a dit textuellement : “ben déjà ça sert à payer nos salaires”. Je pense que les contribuables Angoumoisins apprécieraient.
    J’ai donc pris de la distance avec cette opération et avec l’UNAF.
    Je me suis rapproché d’autres structures (SPMF, RESEAU BIODIVERSITE POUR LES ABEILLES…) avec lesquelles j’ai suivi la création de l’ITSAP, et travaillé sur la biologie de l’abeille et les mortalités avec une autre approche que celle intégriste de l’UNAF en croisade permanente contre l’agriculture.
    J’ai intégré la section apicole de la FNSEA dont je suis depuis peu le délégué pour le Poitou-Charentes.

    Ne lâchez pas; sous un aspect sympathique l’opération “abeille sentinelle de l’environnement” est une arnaque et manipule l’opinion!

    Cordialement.

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